SLM : Muriel Cerf, vous venez de publier aux Éditions Maren Sell, un ouvrage au titre sans ambiguïté, La Petite culotte, que vouliez-vous dire avec ce titre ?
Muriel Cerf : La « Petite culotte » est un objet perdu – et celui d’un fantasme.
SLM : Comment situez-vous La Petite culotte dans votre œuvre déjà conséquente ?
Muriel Cerf : Comme un livre conçu dans une période sombre, où il me fallait une bouffée d’air frais – écrire une comédie, y introduire autant de féerie que dans les érotiques chinois.
SLM : À vous lire, vous privilégiez un érotisme cérébral contrairement aux canons du genre qui privilégient un érotisme plus direct. Est-ce par pudeur ou crainte du regard des autres ?
Muriel Cerf : Je disais féerie. Mon admiration va davantage à un enchanteur comme Nabokov qu’aux auteurs d’écrits pornographiques qui me tombent des mains, puisque je n’y vois pas trace de la moindre sensualité et qu’ils ne me donnent aucun plaisir : ce sont pour moi des livres frigides.
SLM : Certains pensent que l’écriture érotique doit être une écriture directe, immédiate et avoir la « violence d’un coït ». Vous, vous privilégiez une écriture de la digression permanente, est-ce à votre avis, compatible avec l’écriture d’Éros ?
Muriel Cerf : Le texte érotique traite d’un monde immense, celui du sexe, fait appel à l’inconscient, au plus intime de nous-même : c’est un lieu secret, sacré, dangereux où nous engageons tout notre être. Comment alors le réduire à la description médicale dudit coït ?
SLM : Après une œuvre très personnelle marquée par une écriture minutieuse et riche, avez-vous souhaité être plus en phase avec les problématiques du désir plutôt qu’avec la réalité du plaisir sexuel ?
Muriel Cerf : Seules les problématiques du désir sont analysables. La réalité du plaisir sexuel reste du domaine de l’indicible et du comique : on peut décrire un orgasme en quatre lignes, c’est soit une performance littéraire, soit l’évocation d’un petit hoquet.
SLM : Votre héroïne vit une passion lesbienne après avoir quitté son mari. L’homosexualité est-elle un thème plus érotique qu’un autre à vos yeux ?
Muriel Cerf : Aussi érotique que l’image de la Lolita de Kubrick en bikini dans un jardin de banlieue, baissant ses lunettes noires et foudroyant le héros sur place. Aussi érotique que d’observer une belle gourmande lapant une glace au chocolat, etc., etc.
Ceci dit, c’est de bisexualité dont je parle dans ce roman, laquelle n’est qu’un épanouissement souhaitable de la libido.
SLM : Votre héroïne abdique son goût pour la lingerie fine. Cette dernière est-elle, selon vous, un instrument d’oppression de la femme ?
Muriel Cerf : Non – bien sûr ! dans l’intrigue, ce déni est le symbole patent du déclin du désir d’une femme, qui se refuse à elle-même de parer son corps pour mieux exprimer à son compagnon un autre refus – celui qu’il l’approche. C’est la démarche dédaigneuse d’une femme qui ne jouit plus, qui estime aussi que ce n’est pas un devoir, qu’elle s’en passe et trouve son plaisir ailleurs, dans une androgynie monacale et retrouvée
SLM : Cette petite culotte annonce-t-elle d’autres explorations érotiques ?
Muriel Cerf : Oui. « Exploration » est le mot juste, car le domaine d’Eros est un puits sans fond, un continent sans bornes, que nous ne quittons jamais, puisque nous rêvons et par ce biais en franchissons les frontières. Pendant la phase du rêve, l’homme connaît une érection et la femme une lubrification intime, l’une comme l’autre incontrôlables. Le merveilleux commence là, au seuil de l’onirisme qui exalte nos sens plus sûrement que la parfois morne réalité.